Christophe

« La politique, c’est aussi l’école de la ténacité. »

À 4h30 en train de Paris, Christophe jongle entre les 74 communes de sa circonscription de Charente-Maritime et son travail à l’Assemblée nationale. Loin d’essouffler ce député des champs, comme il se définit lui-même, ses nombreuses missions lui permettent aujourd’hui de se sentir particulièrement aligné avec ses aspirations et utile auprès de ses concitoyens.

Christophe Plassard

Christophe Plassard, député de la cinquième circonscription de Charente-Maritime

Y a-t-il des éléments liés à vos racines qui expliquent votre engagement politique actuel ?

Non, rien ne me prédestinait à la politique. Mes parents sont des provinciaux qui se sont installés à Paris pour trouver du travail. Ils n’avaient que le certificat d’études en poche. Ma mère est issue d’une famille paysanne du Limousin et mon père était un pied noir, rapatrié de Tunisie en 1958. J’ai sept ans quand ils divorcent. Je grandis ainsi aux côtés de ma mère et de ma sœur, dans les Hauts-de-Seine, et je n’ai par la suite que très peu de contacts avec mon père. J’effectue ma scolarité à l’école publique de Courbevoie puis ma mère œuvre afin que je puisse intégrer un établissement privé parisien du huitième arrondissement, le groupe scolaire catholique Fénelon Sainte-Marie. J’y rentre en classe de sixième et j’y resterai jusqu’à la fin de ma première. On m’a d’ailleurs rapidement fait sentir que je n’étais pas des leurs. Je n’habitais pas au sein d’un immeuble haussmannien des beaux quartiers, pas plus que je n’avais de résidence secondaire. Pour autant, c’est ce qui m’a permis d’acquérir les codes de la bourgeoisie parisienne, milieu que je suis amené à côtoyer aujourd’hui. Nous sommes ensuite partis habiter dans l’Oise où j’ai effectué ma classe de terminale puis obtenu mon baccalauréat scientifique. Ma famille n’ayant pas de culture des études supérieures, je n’ai pas été particulièrement encouragé de ce côté-là. Ainsi, en 1986, j’intègre l’Institut Franco-Américain de Management de Paris mais ce sera de courte durée ! À la fin de ma première année d’études, j’effectue mon premier stage en entreprise et je ne quitterai plus ce milieu par la suite.

De quelle manière votre parcours entrepreneurial vous a ensuite façonné ?

Mon parcours est avant tout ponctué de rencontres, et les premières seront avec des chefs d’entreprises charismatiques. Durant les trois années qui suivent, j’exerce trois métiers différents dans trois entreprises distinctes. D’abord dans la communication, puis dans l’injection plastique et enfin dans l’archivage et l’audit d’archivage. À la fin de l’année 1989, j’ai alors 22 ans et je dois effectuer mon service militaire. Je m’y rends avec des pieds de plomb car j’appréciais l’indépendance que j’avais acquise grâce à mon entrée dans la vie active mais ce sera finalement une belle aventure humaine. Par la suite, je finirai par créer ma propre entreprise dans les Hauts-de-Seine avec mon meilleur ami, imprimeur, avant de redevenir salarié quelques années plus tard. 

En 1998, je vis un drame familial qui va marquer le commencement de ma deuxième vie. Peu après, en 2002, je rejoins le Centre des jeunes dirigeants (CJD), qui est un mouvement d’entrepreneurs engagés ayant à cœur de construire une économie au service de l’homme. Pendant quinze ans, j’y suivrai un grand nombre de formations et d’accompagnements, techniques et de développement personnel. Avec le recul, mon parcours au sein du CJD a été l’amorce de mon engagement politique. J’y deviendrai président de la section des Hauts-de-Seine après avoir été choisi par mes pairs.

En parallèle, je me rends régulièrement en vacances à Royan avec mon épouse, que j’ai rencontrée quelques années plus tôt. Puis, un jour, sur un coup de tête, on formule une offre d’achat pour une maison royannaise qui sera acceptée. On se retrouve ainsi propriétaires en mai 2006. Ma femme est sans emploi, cette dernière ayant arrêté de travailler pour élever nos deux enfants, nés en 2002 et 2004. Mon fils aîné, né d’une première union, a onze ans. Quant à moi, je viens d’être licencié de l’imprimerie au sein de laquelle je travaillais. Autant vous dire que, sur le papier, le tableau n’est pas particulièrement rassurant.

Quel va être votre premier engagement en politique ?

C’est en 2008 que l’un de mes amis m’entraîne dans une première campagne municipale à Royan, que je vais perdre. Je renouvelle néanmoins l’expérience en 2014, avec le même résultat, ce qui me conduit à penser que la politique n’est pas pour moi. En parallèle, je deviens président de la région Poitou-Charentes au CJD avant d’intégrer le bureau national. J’effectue ensuite un parcours au sein de l’Institut des hautes études de l’entreprise en 2013 et je représente le CJD au sein du Conseil économique, social et environnemental régional (CESER) avant d’en prendre la vice-présidence de 2013 à 2017. Je vais également suivre la formation Copernic qu’effectuent généralement les personnes en fin de parcours au CJD. J’intègre un groupe d’une dizaine de personnes et j’assiste à plusieurs formations par an pendant deux ans où de nombreux sujets sont passés en revue. Il m’a fallu accepter d’être secoué. 

La politique revient sur le devant de la scène en 2017, lorsqu’Emmanuel Macron lance un appel à candidatures en ligne pour celles et ceux qui seraient intéressés par la députation sous la bannière « La République en Marche ! ». Je ne réponds pas à cet appel mais, néanmoins, cela plante une graine. En 2021, je figure sur une liste lors des élections régionales mais là encore, le succès ne sera pas au rendez-vous. C’est en 2022 que je transforme l’essai. Lors des élections législatives, le député sortant, appartenant à l’UMP, brigue un sixième mandat. Édouard Philippe vient de créer le parti politique « Horizons ». Je ne le connais pas mais je me sens aligné avec la droite sociale ouverte et non sectaire qu’il incarne. Il faut savoir que je n’ai jamais été militant dans l’âme. Au CJD, on m’a appris à conserver ma libre pensée, à rester pragmatique, rassembleur et non clivant. Or, un parti politique c’est tout sauf cela. Mais chez « Horizons » c’est différent, je retrouve le côté PME où tout est à créer, ce qui me plaît particulièrement. Je deviens ainsi candidat officiel de la majorité sous l’étiquette « Horizons » avant d’être élu en juin député de la cinquième circonscription de Charente-Maritime.

Depuis, même si j’ai toujours été travailleur, je dois dire que je ne l’ai jamais autant été qu’à l’heure actuelle. Cela demande un investissement considérable, du lundi au dimanche midi, mais malgré cela, j’aime profondément ce que je fais et je ne me suis jamais senti autant aligné. Je conserve mon syndrome de l’imposteur mais je l’assume de plus en plus !

À quoi ressemblent vos premiers pas en tant que député et comment s’effectue votre spécialisation dans le domaine de la défense ?

Quand j’arrive à l’Assemblée nationale en 2022, je n’ai pas les codes. Certains députés sont d’anciens collaborateurs parlementaires, ont été militants au sein d’un parti ou bien ont suivi des études à Sciences Po. Moi je n’ai rien fait de tout cela. Je connais le monde de l’entreprise mais je n’ai aucun bagage juridique et suis complètement autodidacte. Néanmoins, mon parcours reste une force car je suis débrouillard et autonome, compétences qui me seront très utiles. Mon prédécesseur reste très digne et organise un tuilage de 48 heures avec son collaborateur parlementaire, qui m’accueille à l’Assemblée. Il me fournira de précieux conseils ainsi que des CV afin que je puisse choisir mon équipe en toute indépendance. Je m’entoure ainsi d’un premier collaborateur puis d’un second, qui m’apporte le bagage juridique dont je manque grâce à un Master en Droit constitutionnel. Une fois mon équipe constituée, cela va très vite. 

Je formule plusieurs vœux pour le choix de la commission. Je place la Commission des affaires économiques en choix n° 1, suivi de la Commission des finances, que je suis persuadé de ne pas obtenir. Contre toute attente, j’obtiendrai les finances et j’en suis très heureux car c’est une commission très polyvalente. Puis vient le choix des rapports budgétaires, où tout fonctionne en poids politique, comme c’est souvent le cas à l’Assemblée. Au sein de la commission, nous sommes quatre députés du parti « Horizons » et deux d’entre nous devons être rapporteurs. Le premier rapport, sur le logement, est pris par un député sortant. Je me propose alors pour le second. Dans les rapports disponibles - non brigués par des députés sortants reconduits dans leur mandat de rapporteur - il y a celui de la défense. À l’époque, c’est un sujet qui m’intéresse. Par ailleurs, ma circonscription héberge la base aérienne de Saint-Agnant, qui est la plus importante de France en termes de personnel, à savoir 3 000 personnes. Elle forme tous les sous-officiers de l’Armée de l’air et de l’espace. Je demande ainsi ce rapport sur la défense et l’obtient grâce à une excellente négociation de ma whip (* l’interlocutrice de notre groupe auprès du gouvernement). 

Commence alors l’immersion au sein du monde militaire, que je ne connais pas. Afin d’acquérir les compétences nécessaires, je demande à suivre une formation au sein de l’Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN) ; mon collaborateur suit, quant à lui, les enseignements de l’École de guerre-Terre en auditeur civil. En tant que rapporteur spécial du budget de la défense, je dois rendre un rapport et émettre un avis sur deux des quatre programmes de défense figurant au sein du projet de loi de finances déposé par le gouvernement : le programme 144 « Environnement et prospective de la politique de défense » et le programme 146 « Équipement des forces ». En tant que rapporteur, j’ai la faculté de poser des questions au gouvernement et de procéder à toutes les auditions que je juge utiles, qu’il s’agisse de la Direction générale de l’armement (DGA), de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) ou encore des États-majors des armées par exemple. En parallèle, j’effectue de nombreuses rencontres avec des industriels et des visites d’entreprises. Je me rends également à des salons militaires, à des démonstrations de l’Armée de l’air ou encore sur le porte-avions Charles de Gaulle. Je m’immerge pleinement afin de pouvoir commenter les crédits de manière pertinente et alerter le cas échéant. Le rapport est ensuite présenté en Commission des finances, soumis au vote des commissaires, parfois amendé puis adopté. Il donne lieu à un débat dans l’hémicycle où je suis amené à le défendre. C’est aussi ce qui explique qu’à un moment donné, on devient spécialiste.

Je suis également membre de la délégation française de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN. Il y a une session annuelle où tous les membres peuvent se rendre, puis des colloques et commissions où, malheureusement, le budget de l’Assemblée nationale ne me permet que rarement d’y assister. C’est d’ailleurs dommage que le budget en la matière ne soit pas plus conséquent car il en va de la souveraineté de la France. Certains pays envoient des délégations de dix parlementaires quand nous n’en envoyons que trois. La diplomatie parlementaire est encore trop peu développée à l’heure actuelle. 

À cela s’ajoute une nouvelle mission, depuis le 11 mars 2026, date à laquelle j’ai reçu une lettre de la part du Premier Ministre me confiant un rapport sur les politiques de sécurité économique mises en œuvre par nos principaux partenaires européens. Je me suis battu pour l’avoir car la politique, c’est aussi l’école de la ténacité. Nous sommes trois députés à travailler sur le sujet et devons rendre notre rapport dans les trois mois. Cela s’inscrit dans la lignée de mon dépôt d’une proposition de loi portant sur la sécurisation de l’économie française et de défense de notre industrie de souveraineté, le 3 mars dernier.

Si la défense occupe une grande partie de mes missions, je m’investis également depuis 2024 sur la thématique des transports. Je co-préside l’association « Avenir Transports » créé en 1995 par Dominique Bussereau et j’ai également œuvré au sein de la conférence « Ambition France Transport », mise en place par Philippe Tabarot, ministre des transports. Ces travaux ont donné lieu au dépôt d’un projet de loi-cadre relatif au développement des transports qui devrait être discuté à l’Assemblée en juin 2026.

Au-delà de tous les sujets locaux que je traite par ailleurs - ostréiculture, pêche, chasse, érosion du littoral, déserts médicaux etc. -, si l’on devait trouver un point commun entre la défense et les transports, ce serait leur caractère transpartisan et leurs enjeux de long terme. Ce ne sont certainement pas les sujets les plus visibles médiatiquement mais ce ne sont pas les plus clivants politiquement.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans le cadre de vos fonctions ?

Les principales difficultés sont liées à l’intensité de l’activité, à la distance qui me sépare de Paris et à l’invisibilité d’une partie du travail que je fournis. 

Sur le rythme, c’est un choix de ma part car je pourrais tout à fait exercer mon mandat de député sans me saisir ni de missions ni de rapports. Mon agenda serait nettement moins chargé.

Sur la distance, je dis souvent qu’il y a le député des villes et le député des champs. Je fais partie de la seconde catégorie. Je suis à 4h30 de Paris en train et il y a 74 communes au sein de ma circonscription. Pour vous donner un exemple, j’ai récemment effectué un devis pour une distribution de tracts relative à mon bilan de mandat, il s’élevait à 21 000 € HT. On est loin du député de métropole, qui habite à une ou deux heures de Paris et qui gère un arrondissement de sa ville ou bien deux communes. Il peut effectuer le même travail avec une poignée de militants et balayer l’ensemble de sa circonscription.

Par ailleurs, contrairement à un maire qui est réélu sans difficultés s’il a un bon bilan, en tant que député, ce n’est pas le cas. Peu importe mon bilan, je sais d’ores et déjà que les résultats des élections présidentielles de 2027 auront un impact sur ma potentielle réélection. Si Marine Le Pen est élue, je suis certain de ne pas être réélu député. Si Édouard Philippe est élu, j’ai de grandes chances de l’être. Peu importe mes actions, je n’ai aucune garantie sur la suite de mon engagement politique. Et pour autant, si l’on doit se dire les choses franchement, on y « crame » quand même des années de vie et c’est important de comprendre qu’il s’agit d’un réel engagement. De la même manière, un député n’a pas nécessairement de vue sur le résultat de ses actions et se retrouve même comptable de ce qu’il ne fait pas. Pour reprendre un exemple, je n’ai pas voté la censure du budget car je sais combien cela aurait coûté aux armées et j’ai aussitôt été qualifié de « macroniste incapable de censurer », alors que j’ai simplement pris mes responsabilités.

Et quels sont les éléments qui vous nourrissent le plus aujourd’hui au quotidien ?

J’aime beaucoup le contraste entre ce que je vis à Paris et en circonscription. À Paris, je côtoie des personnes brillantes qui ont souvent effectué de longues études, qu’il s’agisse de ministres ou encore de personnes évoluant au sein des États-majors des armées. Je suis en lien direct avec le cœur du système et du pouvoir. Quand on est curieux comme moi, c’est fantastique. Je m’émerveille encore aujourd’hui à chaque fois que j’aperçois la bibliothèque de l’Assemblée nationale. En tant que député, j’ai également la chance d’avoir accès à tout. J’ai ainsi pu visiter la prison de Saint-Martin-de-Ré, sans avertir de ma venue au préalable. Cela reste une de mes expériences de député les plus marquantes. Nul doute que le jour où je serai amené à voter une loi sur les prisons, je verrai les choses différemment.

En revanche, on peut aussi être très vite déconnecté, d’où l’importance de conserver un ancrage local. Pour ce faire, j’ai acheté un camion afin d’effectuer des permanences au sein de l’ensemble de ma circonscription. Les samedis et les dimanches, je me rends sur les marchés. Je discute aussi avec les agriculteurs qui m’expliquent les problèmes d’eaux qu’ils rencontrent, je suis en contact régulier avec les maires. Je pense que l’on apprécie ma simplicité, mon accessibilité et mon empathie. 

À Paris, j’ai conscience de n’être qu’un maillon de la chaîne. En local, j’ai vraiment le sentiment d’être utile, je vois directement le résultat de mes actions et je mesure plus facilement la satisfaction des personnes que je sers au quotidien.

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