François

« Je veux me battre pour que les populismes ne l’emportent pas. »

Fortement attaché à son territoire charentais, François est également très investi sur les questions de géopolitique et de défense, qu’il traite dans le cadre de son mandat de sénateur. Particulièrement inquiet de la situation géopolitique actuelle, ce rouillacais d’origine met en garde contre la montée des extrêmes à travers le monde.

François Bonneau

François Bonneau, sénateur de la Charente

Pourriez-vous revenir sur vos racines, le milieu au sein duquel vous avez évolué ?

Je suis né à Rouillac, en Charente, où j’ai grandi. Je viens d’une famille où les professions de santé sont fortement représentées : un père pharmacien, un frère et un oncle médecins. Ce n’est donc pas par hasard que je me suis orienté vers des études de pharmacie à Bordeaux. En revanche, le décès de mon père a eu un fort impact sur mon parcours professionnel. À l’époque, je suis encore jeune, je n’ai pas terminé mes études et je deviens chargé de famille du jour au lendemain, contraint de revenir rapidement m’installer à Rouillac pour reprendre la pharmacie de mon père. J’ai été le premier de ma promotion à soutenir ma thèse et m’installer car j’avais un calendrier à respecter. Pour autant, mon retour s’est effectué dans de bonnes conditions dans la mesure où je connaissais bien ma commune ; je jouais par ailleurs au sein de l’équipe de rugby locale, ce qui m’a valu de connaître rapidement du monde.

Comment est née votre envie de vous engager en politique ?

Ma famille proche n’était pas politisée donc il n’y a pas eu de transmission de ce côté-là. En revanche, j’avais envie de m’investir dans la vie locale même si, contrairement à certains, je n’ai jamais réfléchi à un plan de carrière en me rasant le matin ! Il n’y avait pas de réflexion sur le fait qu’en atteignant telle ou telle fonction, alors peut-être j’atteindrai telle autre.

Mon premier engagement politique a pris forme dans les années quatre-vingt quand le maire de l’époque, Claude Mesnard, m’a proposé d’intégrer le conseil municipal de Rouillac. J’étais attiré par l’homme, par son dynamisme, par ce qu’il faisait pour la commune. C’était un visionnaire qui lançait beaucoup de projets et qui les menait à terme. À travers moi, il bénéficiait d’un regard neuf, et grâce à lui, j’ai beaucoup appris.

La suite sera un mélange de travail, de constance et de chance. Il n’y a pas de recette en réalité. Selon moi, le seul écueil à éviter est celui de suivre le vent ; vos électeurs finissent par avoir du mal à vous situer et vous considèrent, in fine, comme un opportuniste. 

J’ai ainsi été conseiller municipal puis adjoint en charge de l’aménagement du territoire, de la prospective et du sport, avant d’être élu au sein du conseil départemental en 2001. Depuis, j’ai toujours été réélu et j’effectue actuellement mon quatrième mandat, qui court jusqu’en 2028.

Pourquoi avoir choisi de vous présenter aux élections sénatoriales en 2020 ?

À cette période, j’étais président du conseil départemental de la Charente. En effet, la minorité à laquelle j’appartenais est devenue majoritaire lors des élections de 2015 ; comme j’étais le chef de file de l’opposition, je suis devenu président. 

En 2020, je considère que le mandat de sénateur se situe dans le prolongement de mes fonctions au département. Je suis en contact régulier avec les élus locaux, notamment les maires ; cela fait donc sens de les représenter au sein de l’une des deux chambres. D’ailleurs, je n’envisage pas la fonction de député car Rouillac se situe au sein d’une très grande circonscription et y est très excentrée. Je considérais que ce n’était ni légitime ni logique de me présenter au sein d’une circonscription dont le cœur était assez éloigné géographiquement de là où je me trouvais.

Une fois élu en tant que sénateur, j’ai émis plusieurs vœux pour le choix de l’une des sept commissions permanentes. Malgré un prépositionnement sur la Commission des affaires sociales, j’ai finalement pu intégrer la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées. Mon appétence particulière pour les questions de stratégie, d’histoire et de géopolitique ainsi que ma formation au sein de l’Institut des hautes études de défense nationale en 2016-2017 m’ont permis de l’obtenir. On a toujours été féru d’histoire dans la famille, cette passion pour la géopolitique me vient ainsi de l’enfance. Même si je suis capable de parler de sujets qui n’intéressent plus grand monde aujourd’hui, connaître l’histoire présente un réel intérêt si l’on veut mieux comprendre les périodes que l’on vit actuellement.

Au-delà de mon attrait pour ces questions, il y a également une cohérence avec le département. La Charente a une très longue histoire avec les armées, elle héberge deux régiments - le 1er RIMA et le 515e régiment du train -, la base aérienne de Cognac, NAVAL group ainsi que de nombreuses PME dans le secteur de la défense. J’ai d’ailleurs consacré un travail important aux drones et à leur utilisation dans la défense.

Ensuite, toujours par appétence et afin d’exercer mes missions au mieux, j’ai pu suivre une formation au sein de l’Institut des hautes études du monde religieux et de l’Institut des hautes études du ministère de l’Intérieur, malgré un nombre de places limité. C’est un choix de ma part car aucune formation n’est exigée au Sénat. C’est à chacun de s’approprier ses sujets.

Je fais également partie de la Commission des affaires européennes depuis 2023, que l’on peut intégrer en plus de l’une des autres commissions permanentes. Et je participe aussi aux travaux de la Commission parlementaire d’évaluation de la politique du gouvernement d’exportation de matériels de guerre et de matériels assimilés, composée de 3 sénateurs et 3 députés, dont le rôle est d’émettre un avis. 

Enfin, j’appartiens aussi à la Délégation de la prospective, où l’objectif est de s’éveiller aux problématiques de long terme. Depuis un an, nous avons effectué un cycle sur l’Intelligence Artificielle (IA) et l’avenir du service public, incluant des conférences autour de nombreux domaines tels que les collectivités, l’économie ou encore l’environnement. L’objectif est de porter des réflexions en vue de l’élaboration de futurs textes.

Au vu de ces nombreux engagements, à quoi ressemble votre semaine type ?

Le lundi, je suis sur le terrain et je vais à la rencontre des élus de Charente, essentiellement des maires et des adjoints. Je leur fournis des informations sur les actualités nationales et les répercussions possibles sur la vie des collectivités. J’effectue également des visites d’entreprises.

Les mardis, mercredis et jeudis, je suis au Sénat. Je suis apparenté au groupe « Union Centriste » donc j’alterne entre les réunions de mon groupe, où l’on aborde les questions au gouvernement, l’actualité française et internationale, ainsi que les réunions en commission, les présences dans l’hémicycle et les rendez-vous avec des personnalités extérieures. Pour les textes avec un grand nombre d’amendements, il peut arriver que l’on doive siéger dans l’hémicycle une partie de la nuit, ce qui demande une particulière disponibilité intellectuelle. Pour autant, certains amendements vous intéressent plus que d’autres donc cela n’exige pas un « travail » intellectuel continu. 

Enfin, le vendredi je travaille essentiellement dans les locaux du conseil départemental, où j’ai en charge la gestion des finances. En définitive, je suis assez peu présent au sein de ma permanence à Rouillac.

Vous précisez être hors parti politique, pourquoi ce choix ?

Je dirais que c’est lié à ma personnalité. Je n’ai jamais fait de choix de parti politique car je suis un peu rétif à des appartenances, raison pour laquelle je suis apparenté au groupe « Union Centriste » au Sénat. Pour autant, j’ai des convictions et je les assume, j’ai d’ailleurs toujours souhaité être étiqueté « Divers droite ». Cela peut être handicapant lors de certaines élections quand il s’agit de désigner des candidats mais aujourd’hui, je considère que c’est une chance car les partis sont nettement décrédibilisés. Par ailleurs, appartenir à un parti exige parfois de tenir des lignes politiques qui ne correspondent pas à ce que vous pensez. Ma position me donne ainsi une liberté de parole et d’action et ne m’empêche pas, par ailleurs, de travailler en bonne intelligence avec ceux-ci.

Avec le recul, quels sont, selon vous, les aspects les plus intéressants de la fonction et à l’inverse, les moins attrayants ?

J’aime beaucoup le contact avec les élus, ce qui peut d’ailleurs manquer à certaines personnalités politiques. Si l’on veut bien connaître ce pays, il faut commencer par bien connaître son territoire. Mais dans un contexte international extrêmement difficile, les sujets géopolitiques me nourrissent particulièrement. Toutes nos certitudes vacillent depuis le conflit en Ukraine, ce qui nous a notamment amenés au constat d’une nécessaire augmentation du budget de défense.

Par ailleurs, je viens de terminer une mission passionnante où j’étais représentant pour les affaires européennes sur le sujet des conséquences des taxes douanières mises en place par Donald Trump sur les économies mondiales. Les questions énergétiques, au carrefour du dérèglement climatique et des bouleversements géopolitiques comme ceux que nous observons dans le Golfe, sont  également centrales dans mon travail. Avoir une vision claire de ces sujets est indispensable si l’on veut éviter toute forme de dogmatisme.

S’agissant des aspects plus déplaisants de la fonction, je dirais que ce sont les frustrations. Parfois, on peut trouver que les projets n’avancent pas assez vite, que l’on n’est pas assez dans l’opérationnel. Si l’on prend l’exemple d’un texte de loi, il faut d’abord le discuter, trouver la bonne fenêtre de tir pour le défendre, le débattre au sein des deux chambres parlementaires, le voter, respecter les différents délais exigés puis attendre les décrets d’application. Au niveau local, on peut voir aboutir des projets plus rapidement.

Vous mentionnez le contexte international difficile, quel regard portez-vous sur la situation politique actuelle ?

Selon moi, nous vivons un moment clé de notre histoire. Nous avons atteint un point de rupture, nous sommes au paroxysme de la montée des extrêmes et allons vers une forme d’inconnu avec, qui plus est, un pays très endetté. Tous les ferments d’une crise sont présents selon moi. C’est un vrai sujet d’inquiétude et cela nécessite de penser l’avenir dans un contexte international dégradé, un recul des démocraties et une montée des populismes partout à travers le monde. Nous traversons une période extrêmement sensible, voire dangereuse. Ma fonction au Sénat me permet d’ailleurs d’avoir une conscience plus vive de ce qui peut advenir, qu’il s’agisse de la France ou du reste du monde. 

Pour ces raisons, je veux me battre pour que les populismes ne l’emportent pas mais on ne trouvera une issue qu’en prenant des décisions courageuses. Ce n’est pas en remettant à plus tard les questions de fond comme on le fait depuis quarante ans que l’on y arrivera, qu’il s’agisse de la drogue, la violence, l’immigration illégale ou encore les questions budgétaires, environnementales et d’énergie. Il faut prendre ces sujets à bras-le-corps, quitte à exprimer un certain mécontentement. 

Je n’explique d’ailleurs pas pourquoi personne n’a traité ces questions jusque-là. Parfois, il n’y avait pas de majorité franche au sein des deux assemblées pour voter ces textes, parfois les gouvernants n’ont tout simplement pas souhaité les voter. Si l’on prend l’exemple du système d’Emmanuel Macron en 2017, il disposait d’une très large majorité mais il a choisi des personnes de bords différents. Il n’a peut-être pas su imposer de ligne claire, ce qui nous a valu de rester au milieu du gué sur de nombreux sujets.

Par rapport aux présidentielles à venir, s’il n’y a pas de candidature unique dans le bloc démocratique face aux extrêmes, il n’est pas à exclure que l’on ait un président issu du parti La France Insoumise (LFI) ou du Rassemblement National (RN). Il y a beaucoup trop de monde sur la ligne de départ à l’heure actuelle. Heureusement, les sondages feront leur travail et devraient en décourager certains. 

De mon côté, je suis membre d’un groupe de réflexion au Sénat et je soutiens cette idée d’une candidature unique afin que l’on puisse avoir une position forte sur les sujets déterminants et aider le pays à surmonter ses difficultés.

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Christophe