Benjamin
« Peu de gens lisent les notices mais au service biomédical, on le fait, car c’est primordial. »
Petit, c’est pompier que Benjamin voulait devenir. De ce rêve d’enfance, il a conservé l’essentiel : l’aide à la personne, le goût du terrain et l’esprit de solidarité. Aujourd’hui responsable du service biomédical du CHU Saint-Pierre de Bruxelles, il occupe une fonction clé au cœur du réacteur et pourtant méconnue du grand public.
Benjamin Merveille, responsable du service biomédical du CHU Saint-Pierre de Bruxelles
Est-ce-que vous pourriez revenir sur ce qui vous a conduit au choix du secteur médical ?
Quand j’étais petit, je voulais devenir pompier. J’ai toujours été attiré par les hôpitaux, les ambulances et plus généralement l’aide à la personne. Mon père a longtemps été ambulancier donc ce n’est probablement pas étranger à mon attrait pour ce milieu. J’ai aussi été membre du scoutisme, ici en Belgique, où j’ai participé aux opérations arc-en-ciel qui ont pour mission de favoriser l’accès aux loisirs actifs et éducatifs des jeunes et des enfants suivis par l’Aide à la Jeunesse ou issus de milieu populaire. Pour autant, on m’a toujours dit qu’il pouvait être intéressant d’exercer un métier technique en parallèle de celui de pompier. À la fin du secondaire [lycée], j’étais donc tiraillé entre l’orientation vers le métier d’ingénieur, qui impliquait quatre à cinq ans d’études, ou un bachelier [Licence], qui me permettait de rentrer plus rapidement sur le marché du travail. J’ai finalement choisi le bachelier.
Ensuite, c’est au détour d’un salon de l’étudiant que j’ai découvert la filière électronique médical, j’avais 18 ans. Cela m’a tout de suite plu. J’ai aimé la liaison entre la machine et le patient ainsi que la rigueur qu’exigeait cette voie. En deuxième année de bachelier [Licence], mon père m’a encouragé à trouver un travail d’été en lien avec mes études. Je me suis ainsi adressé à l’institut Jules Bordet, à Bruxelles, qui m’a redirigé vers le CHU Saint-Pierre. Par la suite, j’ai effectué plusieurs stages au sein de la société Dräger, un fabriquant de produits médicaux, puis de nouveau à Saint-Pierre. J’ai suivi toutes les étapes, de stagiaire à technicien de terrain puis responsable du service biomédical de l’hôpital, poste que j’occupe depuis maintenant quatre ans.
Justement, quel est votre rôle en tant que responsable biomédical ?
Mon service, constitué de techniciens et d’ingénieurs, s’occupe de la maintenance de l’ensemble du matériel utilisé au sein de l’hôpital. Cela inclut les microscopes, les couveuses, les tables d’opération, les échographes, les dialyses, le matériel de cryothérapie, les chauffe-biberons ou encore les caméras endoscopiques. Tous les dispositifs sont classés par famille et se voient attribuer un indice de criticité déterminé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Ce dernier prend en compte plusieurs critères parmi lesquels les risques physiques associés à l’application clinique tels que le décès potentiel du patient ou encore un diagnostic erroné.
Lors de la mise en service d’un nouvel appareil, on s’assure de son bon fonctionnement en conditions réelles avec le patient car des interactions avec d’autres équipements peuvent parfois poser problème. On demande également toujours l’intégralité de la documentation technique auprès des fournisseurs. Peu de gens lisent les notices mais au service biomédical, on le fait, car c’est primordial. Connaître l’ensemble des fonctionnalités de l’appareil permet aussi d’aiguiller au mieux les infirmiers et les médecins dans leur utilisation.
Au moment des maintenances, c’est donc l’indice de criticité de l’OMS qui nous aide à prioriser. Certaines défaillances exigent de trouver des solutions rapides. Si je prends l’exemple d’un défibrillateur, sa maintenance signifie que l’une des zones de l’hôpital n’est plus sécurisée en cas d’arrêt cardiaque d’un patient. Or, la continuité des soins est fondamentale. De la même manière, certains câbles sont toujours en stock pour éviter toute fermeture de lit à l’Unité de Soins Intensifs (USI) en cas de défaillance. Mais il n’est pas toujours possible d’avoir du stock, ce qui est le cas de l’IRM, pour laquelle nous disposons d’une couverture contractuelle étendue.
On intervient aussi pour valider des réparations qui dépassent un certain montant ou des investissements. La durée de vie d’un appareil médical est d’environ dix ans donc le critère de sa date de mise en service est important. Lire des cahiers des charges ou des exigences techniques dans le cadre de marchés publics fait aussi partie de nos attributions.
Enfin, l’amélioration continue nous conduit à mettre en place un plan qualité afin de définir des actions préventives et curatives à mener.
Au vu de ces nombreuses responsabilités, à quoi ressemble une journée type dans votre service ?
Pour être honnête, je sais quand j’arrive mais je ne sais pas quand je repars !
Le matin, je débute ma journée entre 7h et 8h30. Je commence toujours par la lecture de mes emails afin de m’assurer qu’il n’y a pas eu de catastrophes pendant la nuit. J’effectue ensuite un suivi personnalisé avec chaque membre de mon équipe, qui est répartie en deux groupes : le préventif et le curatif. Je passe également en revue les projets en cours et les différentes réunions du jour avec la direction. Il y a aussi toute une partie liée à la validation des factures et au suivi des bons de commande. Pour le reste, je traite les demandes de réparation émanant des différentes unités de l’hôpital, je réponds aux besoins d’expertise technique de mon équipe et aux appels des chefs infirmiers et médecins, qui peuvent avoir des questions sur un dispositif ou une demande d’investissement.
Le soir, c’est généralement moi qui ferme le service aux alentours de 17h mais il arrive que je sois sollicité après sa fermeture, en cas d’urgence. Pour prendre un exemple, il y a récemment eu une coupure d’électricité en salle d’accouchement. Une maintenance avait été prévue pour assurer la continuité de l’oxygène et de l’air mais il y a eu une panne donc j’ai dû revenir pour régler le problème. J’ai terminé à 23h cette journée-là alors que j’avais commencé à 7h30, mais cela reste exceptionnel !
En effet, nous n’avons pas de système de garde au service biomédical. En cas de problème, c’est la garde du service technique qui prend la relève. Mon intervention n’est nécessaire qu’en cas de sollicitation de la direction. Pour autant, je dois toujours être prêt à intervenir en cas d’incendie ou de déclenchement d’un plan hospitalier d’urgence par exemple.
Quelles sont les principales difficultés que vous pouvez rencontrer au quotidien ?
La principale difficulté selon moi c’est que l’on se sent parfois très seul. Quand un appareil fonctionne bien, c’est l’appareil du service où il se trouve mais lorsqu’il tombe en panne, cela devient souvent « notre » appareil. Qu’il s’agisse des médecins ou des infirmiers, tout le monde compte sur vous et sur vous uniquement. D’un seul coup, tout dépend de ma décision et j’ai parfois le sentiment que je suis le dernier espoir alors que beaucoup d’autres intervenants seraient en mesure de prendre contact au préalable avec le fournisseur du matériel défaillant. Ceci dit, j’imagine que c’est le lot de tous les responsables. Heureusement, je peux compter sur mon directeur, avec qui j’entretiens une excellente relation, et sur l’une de mes collègues, aussi expérimentée que moi. Au-delà du service, je m’appuie sur un réseau solide : les techniciens de nos fournisseurs, mais aussi mes homologues des cliniques universitaires Saint-Luc et de l’hôpital Erasme.
L’autre difficulté majeure, c’est l’équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Nous sommes tous passionnés mais il faut garder à l’esprit que cela reste un métier et qu’il est important de conserver une vie privée et du temps pour récupérer. À mes débuts, je voulais être parfait, pouvoir répondre rapidement à toutes les demandes mais c’est la meilleure façon de s’essouffler. Avec l’expérience, j’ai appris à mieux organiser mon temps et me structurer. Aujourd’hui, je me réserve des moments pour les factures ou encore la vérification des indicateurs de performance du service. C’est important d’apprendre à dire non et de se fixer des limites. Si je me rends à toutes les réunions auxquelles je suis invité, je finis par me mettre en difficulté.
Ces défis mis à part, qu’est-ce-qui vous anime profondément dans ce métier ?
À l’origine, il y avait deux aspects principaux : l’adrénaline que généraient les interventions et la transversalité des missions. Au service biomédical, on a la chance d’être un service central et de travailler avec un grand nombre de départements. Nous sommes d’abord un partenaire pour les médecins, les infirmiers, et avons beaucoup d’échanges avec eux par rapport à leur manière d’utiliser le matériel. On travaille également avec la pharmacie car nos dispositifs sont liés à des consommables, mais aussi avec le service technique ou encore l’informatique pour tout ce qui concerne la transmission de données médicales.
Et aujourd’hui, je m’intéresse particulièrement au développement de mon service et à la transmission du savoir, auprès des stagiaires notamment. Tout au long de l’année, j’accueille une quinzaine de stagiaires et je mets un point d’honneur à ne pas les cantonner à certaines tâches. Au contraire, je leur montre le fonctionnement des appareils en conditions réelles auprès des patients, qu’il s’agisse d’un respirateur, d’un pousse-seringues ou d’un appareil de radiologie.
Depuis dix ans, je participe également à des missions de santé en Afrique. Je le fais sur la base du volontariat en y allouant une partie de mes congés. J’ai notamment travaillé sur des missions de chirurgie cardiaque au Cameroun ou encore avec des dentistes au Togo. Il y a beaucoup de challenge car il faut que je fasse aussi bien qu’ici avec dix fois moins de moyens. En terme d’expérience, c’est très enrichissant, et humainement, on en ressort toujours grandi. Il y a un vrai travail collectif, aussi bien avec les infirmiers qui m’accompagnent qu’avec les locaux sur place. Quand je reviens au CHU ensuite, tout me semble facile !
Si vous deviez retenir un moment fort de votre parcours ici, quel serait-il ?
Il y en a beaucoup mais si je devais en choisir une, ce serait la période de la pandémie de Covid. C’était une période triste mais il y a eu un esprit de solidarité immense ici. Comme il s’agissait principalement d’une maladie pulmonaire, nous avons travaillé en étroite collaboration avec l’USI car il y avait une problématique autour du manque de respirateurs ; cela a nécessité d’en récupérer au sein du service d’anesthésie et d’assurer une maintenance accrue car le matériel souffrait aussi. On avait par ailleurs institué un service de garde où on venait la nuit et les week-ends. Les circonstances nous ont d’ailleurs conduits à construire un hôpital de campagne sur le parking des urgences, avec des chirurgiens notamment, où on est intervenu pour mettre en place du Plexiglas afin de sécuriser les interventions. Cet esprit de solidarité m’a particulièrement touché car c’est une valeur essentielle pour moi.
Avec le recul, quelles sont les qualités indispensables pour s’épanouir dans ce rôle selon vous ?
La première des qualités, c’est une forte résistance au stress ! Quand vous allez sur le terrain, il n’est pas envisageable de ramener du stress supplémentaire. Votre positionnement est également important : si vous arrivez sur les lieux d’une intervention en étant dans une posture de reproches, cela ne résoudra rien et cela ne contribuera pas à réduire la pression. L’esprit d’entraide et de bienveillance doit toujours primer auprès des collègues infirmiers et médecins. Parfois c’est d’ailleurs ensemble que l’on trouve une solution.
La rigueur et l’organisation sont également primordiales car les conséquences de vos actes peuvent être dramatiques. Je ne peux pas me permettre de fournir une machine qui soit fonctionnelle à 50% seulement. Je dois aussi rester très factuel dans les informations que je transmets, qu’il s’agisse de nos fournisseurs, des chefs infirmiers ou des chefs médecins et veiller à formaliser toutes mes interventions. La qualité de la communication entre les différents acteurs est essentielle car il ne faut pas oublier que la bonne prise en charge des patients en dépend.